Le gynécologue congolais, surnommé « l’homme qui répare les femmes », a remporté le prix Nobel de la paix aux côtés de l’Irakienne Nadia Murad, vendredi 6 octobre. Son combat pour la réparation de l’appareil génital des femmes victimes de viol l’a amené à devenir un des principaux détracteurs du président Joseph Kabila

Nelson Mandela, Yasser Arafat, Desmond Tutu… Denis Mukwege vient de rejoindre quelques-uns des géants de l’histoire universelle au palmarès du prix Nobel de la paix. L’œuvre du docteur n’a certes pas (encore ?) abouti à des résultats aussi tangibles sur la vie de sa chère République démocratique du Congo. Mais il partage avec ces grands hommes l’inébranlable volonté d’alléger le fardeau des siens – ou, en l’occurrence, des siennes – avançant ainsi vers son propre destin.
Natif de Bukavu, en 1955, dans l’Est du Congo encore belge, grandit au milieu de huit frères et sœurs et sous l’autorité d’un père pasteur dans une église pentecôtiste suédoise – ce qu’il deviendra à son tour, à ses heures perdues. Jeune homme, Denis Mukwege traverse la rivière Rusizi pour aller faire des études de médecine, au Burundi voisin.
À son retour, il devient médecin dans l’hôpital de Lemera, sur les moyens plateaux du Sud Kivu, et prend conscience du nombre de complications post-accouchements qui touchent ses compatriotes. Le Zaïre n’est pas encore déchiré par la guerre, mais la santé maternelle est déjà dans un état déplorable.
Mukwege décide de se spécialiser en gynécologie et s’envole pour Angers dans les années 1980. Au terme de ses études, il aurait pu poursuivre une sa carrière dans cette tranquille ville française. Mais il décide de retourner dans son pays, alors agité par l’agonie de la dictature de Mobutu Sese Seko.
Il est promu médecin-directeur à Lemera. Il est alors aux avant-postes d’une guerre qui débute, en 1996. Le chef rebelle congolais Laurent-Désiré Kabila vient de prendre la tête d’une coalition fortement soutenue par les armées ougandaises et rwandaises. Dans son hôpital, les patients sous sa responsabilité sont assassinés jusque dans leur lit par ces troupes.
Ces exactions, qui se produisent un peu partout dans l’Est du pays, provoquent la création de groupes d’autodéfense et entament un cycle de violence qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Sous le choc, Mukwege s’est exilé au Kenya. Il aurait à nouveau pu y rester.
Mukwege décide de retourner une nouvelle fois dans son pays où il fonde l’hôpital de Panzi, sur les hauteurs de Bukavu avec l’aide de la coopération suédoise. Il veut, à nouveau, aider les jeunes mères victimes de complications après leur accouchement. Mais celles qu’il voit arriver ont eu l’appareil génital défoncés volontairement par des miliciens.
La grande œuvre de sa vie
Commence dès lors la grande œuvre de sa vie : la lutte contre le viol comme arme de guerre. Cette réalité effroyable, bien que localisée, devient un sujet politique et médiatique de premier ordre. En 2010, la Suédoise Margot Wallstrom, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies sur la violence sexuelle dans les conflits, qualifie la RDC de « capitale mondiale du viol ». Avec une aide précieuse venue de l’extérieur – et notamment de la Belgique – Denis Mukwege va devenir la figure positive de la lutte contre ce phénomène.
La journaliste Colette Braeckman lui consacre, en 2012, un livre dont le titre va devenir son surnom : L’homme qui répare les femmes. Le projet est appuyé par la fondation de l’homme d’affaire Georges Forrest et le député européen Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires étrangères et père de l’actuel Premier ministre, Charles Michel.

Source : jeuneafrique

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