MBOG LIA’A, LE PEUPLE DE LA GROTTE: BASA’A-MPO’O-BATI.

Les Basa’a, Mpo’o et Bati sont un peuple du Cameroun, établi dans la région située entre les villes de Douala et de Yaoundé, plus précisement dans les départements du Nyong et Kéllé, de la Sanaga Maritime et du Wouri. On retrouve également ce peuple dans les départements de l’Océan, du Nkam et du Ntem.

Le peuple Basa’a-Mpo’o-Bati est l’un des plus anciens peuples du Cameroun. Si l’origine lointaine de ce peuple est la même que celle des autres peuples bantous, le peuple Basa’a-Mpo’o-Bati semble s’être écarté des autres peuples pour s’installer au Cameroun sur la rive droite du Mbam, au niveau de son confluent avec le fleuve Sanaga. C’est ici, non loin de Ngog Lituba, ce grand rocher qui se dresse à des centaines de mètres au-dessus d’une plaine que l’histoire place l’origine du peuple Basa’a-Mpo’o-Bati. Ce grand rocher percé, véritable lieu de pèlerinage se trouve dans la commune de Nyanon.

L’histoire raconte que c’est à Ngog Lituba cette gigantesque pierre mythique, divinement taillée, s’étendant à perte de vue que Dieu (Nyambè) créa le tout premier homme, Hilolomb[1]. Le fils d’Hilolomb, le nommé Bipoupoum eut deux enfants Mpo’o et Tendjee (encore appelé Djai).

Mpo’o est le père de tous les log Mpo’o (encore appelé Bakoko) alors que Tendjee est le père des Basa’a et Bati. Selon l’histoire, ce sont donc les enfants de ces deux descendants de Bipoupoum qui donnèrent naissance aux différentes familles Basa’a-Mpo’o-Bati actuelles peuplant les départements actuels de Nyong et Kéllé, de la Sanaga Marime ainsi qu’une partie des départements de l’Océan, du Nkam, du Ntem et du Wouri.

Il semblerait que vers la fin du XVIe siècle, la démographie galopante de ce peuple de la grotte (Mbog Liha’a) a été l’une des raisons principales de sa première dispersion. Cette première dispersion serait donc due non pas à une guerre ou une invasion étrangère, mais plutôt en lien avec de la recherche des terres arables et cultivables pour la population qui ne cessait de s’agrandir.

A l’aide des pirogues construites pour ce voyage vers l’inconnu mais préparé et organisé, une partie du peuple composée beaucoup plus des descendants de Djai traversa le fleuve pour s’établir le long de la Sanaga sur sa rive gauche non loin d’un autre grand rocher appelé Mbok-Kanda (rocher de la séparation). Cet endroit fût appelé « Mapupi » (propreté) certainement parce que très propre et agréable à vivre. C’est à ce niveau que les plus grandes migrations du peuple se seraient opérées, toujours dans le but de trouver des terres pour la population qui augmentait chaque jour davantage.

C’est également ici que les lignages de la population à l’intérieur des clans se sont formés. Le lignage à l’origine chez les Basa’a-Mpo’o-Bati est une lignée familiale  portant généralement le nom du père ou du grand-père de celui qui a quitté “Mapupi” pour l’intérieur de la région. Chez les log Biyong par exemple, c’est Etendi, fils de Biyong, qui quitte les bords de la Sanaga pour aller vers le sud. Chez les log Mbeng, c’est Ndeck, petit-fils de Mbeng, qui est parti. Ce lignage a été reproduit au fil des temps et surtout lorsque les frères issus d’un père se décidaient à l’amiable ou pour cause des problèmes familiaux de se séparer. Le peuple Basa’a-Mpo’o-Bati uni à Ngog Lituba se serait séparé au fil des années pour former différentes grandes familles et sous-familles:

  • La Grande Famille Mpo’o (13 sous familles)
  • La Grande Famille Bikok (9 sous familles)
  • La Grande Famille Babimbi (64 sous familles)
  • La Grande Famille Likol (22 sous familles)
  • La Famille Douala (26 sous familles)
  • La Famille Yabassi (4 sous famille)
  • Et 4 autres familles qui sont le Ndog Bianga, les Ndokok, les Manga’a, les Log Ngahè.

[1] L’histoire ne dit pas avec qui les ancêtres du peuple Basa’a-Mpo’o-Bati  ont eu leurs enfants. Lire Jacques Champaud dans: “MOM Terroir bassa (Cameroun)”

MBOG LIHA’A

MBOG LIHA’A

L’importance du lignage du peuple Basa’a-Mpo’o-Bati est donnée à l’exemple du tableau qui suit. Chaque lignage a des personnes (mère, soeur, petit frère, neveu, les veuves, qui restent dans le lignage de leur mari après le décès de celui-ci) qui lui sont rattachées.

Jacques Champaud MOM Terroir bassa (Cameroun)

Les sous-familles sont reparties en lignages d’inégale importance appelés généralement log. Ce lignage constitue encore de nos jour la structure sociale la plus solide et la plus vivace dans l’organisation sociale du peuple Basa’a-Mpo’o-Bati.

Autrefois le lignage était administré par le “Mbombog” qui règnait comme chef et guide dans le règlement des conflits entre les membres d’une même famille ou les membres des familles d’un lignage. Cette solidarité lignagère s’étend d’ailleurs au délà du village. Les villages issus d’un lignage peuvent être éloignés les uns des autres et séparés par les villages d’un autre lignage; cela n’empêche cependant pas les membres du lignage de conserver les liens familiaux.

La sous-famille Log Nwos de la grande famille Babimbi par exemple est repartie sur 5 villages (Matol, Ngobilô, Ngo Mbé, Nsapack et Pong). Les habitants de ces villages éparpillés dans la commune de Ngambè gardent leur lignage et se considèrent comme des frères et sœurs au point où aucun mariage n’est autorisé entre eux.

Nwos dont la grande famille porte le nom (log Nwos) est le fils de Bindjing et petit-fils de Ngana. Nwos aura deux fils Maheg l’aîné et Nlomb le cadet qui formèrent chacun sa famille.  Le cadet Nlomb fera trois fils, Nwee, Malbot et Tjeck tandis que l’aîné aura de son union un seul fils Banos. Banos à son tour aura trois fils Mbôo, Bopè et Mbang.

L’histoire raconte que lors d’une partie de chasse, Mbôo et son petit frère Mbang trouvèrent un petit gamin dans la brousse apparemment abandonné qu’ils récupérèrent. Mboo l’adopta pas comme fils mais plutôt comme un frère et lui donna le nom de Mbep et une partie de son terrain pour qu’il forme sa famille. Il fait partie de la grande famille Log Nwos et ses descendants au même titre que ceux de Mbôo, Bopè ou Mbang peuplent actuellement les cinq villages Log Nwos ci-haut cités.

Il y aurait entre le grand père de Nwos, Bindjing et Djai (Tendjee, le père des Basa’a et Bati) au moins 10 générations que nous n’avons malheureusement pas pu reconstituer. Bindjing serait donc au moins l’arrière-petit-fils de la génération qui a quitté Ngog Lituba pour s’installer à côté de Mbok-Kanda. Ainsi il ne nous a pas été possible de reconstituer le lignage de Mbahal jusqu’à Djai.

Mbahal Ndoum, fils de Ndoum Bileg est un cultivateur, habitant le village Nsapack, un des villages log Nwos situé à 5 km de Ngambè chef-lieu de la Commune. Son lignage à partir du père fondateur de la grande famille (Log Nwos) et au délà est consigné dans le graphique ci-dessus.

La grande famille (Log Nwos) et au délà

Auteur: Zachée D. Mbahal