Après plusieurs mois d’attente, le chef de l’Etat Paul Biya a procédé au réaménagement du Gouvernement le 4 janvier dernier. Quelle est votre réaction à la suite à ce décret présidentiel ? Je ne vais m’attarder que sur le cota des femmes dans ce Gouvernement. Je constate que deux femmes sont entrées et deux sont sorties. Célestine Ketcha Courtes, (Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain) et Kilo Vivian Asheri (Secrétaire d’Etat à l’Éducation de Base) que je félicite sont entrées dans le Gouvernement. Mais Jacqueline Koung à Bessike, (désormais ex-ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières) et Youssouf AdidjaHalim (ex-ministre de l’Education de Base Minedub) sont sorties. En nommant alors une femme et demi Ministre et en limogeant deux femmes le Président Paul Biya n’a, en réalité, nommé aucune femme. Le pourcentage n’a pas augmenté. Le nombre de femmes au Gouvernement reste tel quel et demeure inférieur par rapport aux hommes bien qu’il ait dit le 6 novembre 2018 devant la représentation nationale (lors de sa prestation de serment) qu’il tiendra compte des femmes mais cette promesse n’a pas été tenue. Cela dit, on constate une faible représentativité des femmes à des instances de prise de décisions après ce réaménagement gouvernemental.

Pensez-vous que l’équilibre régional a été respecté dans le partage du gâteau national ? On ne peut pas parler d’équilibre régional quand on a fait un réaménagement. Ce qui me choque c’est que les Bassa Bâti Mpoo sont balayés de plus en plus de tous les postes stratégiques. Et quand ils bénéficient d’une nomination c’est soit en seconde position soit dans des entreprises qui ont presque déposé le bilan et nécessitent un redressement. Dans ce Gouvernement des grandes opportunités votre Ministre Jean Ernest Ngalle Bibehe a été maintenu. Est-ce une récompense politique pour la Sanaga-Maritime ? Le maintien au Gouvernement d’une de nos élites est toujours une récompense pour le département. Je profite de cette tribune pour remercier le Chef de l’État pour cette marque de confiance renouvelée. Mais il faut recadrer le débat. La nomination d’un Adiè pour moi a toujours été une réponse à mes multiples revendications depuis que je suis présidente de l’Ofrdpc. Jean Ernest Ngalle Bibehe a donc le droit d’être là où il est par conséquent il doit savoir tout aussi respecter les fonctions des autres car la liberté individuelle s’arrête là où commence celle d’autrui. Beaucoup d’encre a coulé après cette campagne où les gens estimaient que l’équipe de campagne à Edéa Ier allait échouer aux élections pour que le Ministre Ngalle Bibehe tombe (rire) mais nous avons eu 6250 voix contre 6500 pour le parti Univers. C’est un score à féliciter.

La Sanaga-Maritime a en effet résisté à la bourrasque Cabral-Kamto lors de la présidentielle du 7 octobre 2018. Quelle stratégie avez-vous mise en place pour faire gagner Paul Biya ? Nous n’avons lésine sur aucun moyen légal. Vous savez la Sanaga-Maritime est un département hautement politisé et la démocratie la vraie se joue chez nous. Bien avant les présidentielles nous avons toujours été proches de nos militants et de nos populations. Nous avons continué le travail d’explication. Nous avons même pris la place des parlementaires pour expliquer le Budget d’investissement public (BIP), question de faire comprendre pourquoi les investissements ne se font pas sentir dans la Sanaga-Maritime. La tâche ne fut pas du tout facile et c’est l’occasion pour moi de rappeler aux uns et aux autres que les alliances lors de la présidentielle n’ont pas fonctionné en Sanaga-Maritime. Le score que nous avons eu est le fruit du dur labeur de nos militants.

Il ya quelques jours vous avez embrasé les réseaux sociaux au travers d’une sortie qui fait couler beaucoup d’encre et de salive. Vous revendiquez entre autres les postes de direction générale de l’ALUCAM et de la SONARA pour les BASSA-BATI-MPOO. Quelle est votre motivation ? Même si le Chef de l’Etat a nommé un Bamileké à la tête de la SONARA, nous attirons néanmoins son attention sur le fait que ce poste a toujours été l’apanage des ressortissants de la Sanaga-Maritime. Cette société a fait émerger une catégorie d’hommes d’affaires au Cameroun en général et dans la Sanaga-Maritime en particulier. Ces derniers au travers de leurs entreprises contribuaient à la lutte contre le chômage dans la contrée non sans soutenir les actions politiques de nos départements.Je sais que certains diront que nous avons la direction générale de Tradex, du Guichet unique du commerce extérieur (GUCE) et du Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC). Mais ces derniers iront bientôt à la retraite et rien ne nous rassure qu’ils seront remplacés par les natifs BASSA-MPOO-BATI de la Sanaga-Maritime. Alucam est en terre Adiè. La politique gouvernementale c’est d’abord de veiller aux intérêts des riverains mais cette société est dirigée par un ressortissant d’un autre département qui ne prend pas en compte les intérêts des populations riveraines. Nos enfants ne trouvent pas d’emplois dans cette entreprise. Les employés qui y travaillent sont à 80% des ressortissants des autres départements. Les contrats de sous-traitance se trouvent attribués à d’autres et très peu d’entrepreneurs locaux en bénéficient. Comment expliquer aux jeunes que l’homme politique est simplement devenu un paillasson et qu’il a perdu sa notoriété ? La ville d’Edéa a accueilli la bonne nouvelle de la construction d’un port sec. Mais à quand le démarrage des travaux ? Les populations nous prennent déjà comme des menteurs parce qu’elles ne voient rien de concret. Comment accueillez-vous la nomination d’un Bamileke à la tête de cette entreprise ? Ce poste devrait nous revenir afin de régler trop de problèmes dans les départements de la Sanaga-Maritime et du Nyong et Kelle. Ces problèmes sont cités plus haut. J’insiste sur le fait que le poste de Directeur Général de la SONARA devrait revenir aux natifs de la Sanaga-Maritime. C’est les Sanaga marins qui ont implanté (sous Bernard Eding premier DG) les bases de la prospérité de cette entreprise depuis sa création par décret présidentiel N° 73/135 du 24 Mars 1973. Elle est aujourd’hui considérée comme un des meilleurs fleurons de l’Économie camerounaise. Vous réclamez aussi des postes de Gouverneurs, Préfets et Sous-préfets pour les BASSA-BATI-MPOO. Une certaine opinion estime que toutes ces revendications interviennent dans le contexte de la crise anglophone avec son lot de revendications. Est-ce vrai ? La crise anglophone a ses origines qui n’ont rien à voir avec les nôtres. Nous sommes en train d’aller à une double élection très difficile. Mes revendications consistent à attirer l’attention du pouvoir central sur ce qui se dit tout bas. Il est encore temps de mieux préparer ces élections en essayant de calmer les frustrés. Nous ne sommes pas en train de demander le fédéralisme nous militons pour une décentralisation franche des régions pour que beaucoup de problèmes soient résolus, ne serait-ce que partiellement. Vous parlez aussi d’un plan d’urgence pour le département de la Sanaga-Maritime dans ses limites naturelles. Qu’en est-il ? Du haut de mes 34 ans de militantisme, je n’ai jamais vu une pelle dans la plupart des routes des quartiers et villages environnants d’Edéa. Les ponts construits il ya une trentaine d’années s’affaissent les uns après les autres. Nous voulons de l’eau potable. L’électricité que nous produisons nous manque. Nous n’avons pas d’université encore moins une Grande école. Un stade digne de ce nom manque à Edéa malgré la présence de la société Alucam qui exploite nos richesses depuis plus d’un demi-siècle. Les jeunes sont abandonnés à eux-mêmes pendant les vacances ; aucune infrastructure sportive pour les contenir. L’avènement de la CAN aurait pu être bénéfique pour notre ville car elle se trouve à une vingtaine de minutes de Douala. On aurait pu construire un stade à Edéa mais hélas !!! L’autoroute nous traversera et laissera notre ville dans son sous-développement infernal. Non ! Il faut réagir et le plan d’urgence doit s’étendre dans le Nyong et Kelle parce que nous avons les mêmes problèmes. Le plan d’urgence ne concerne pas seulement les zones atteintes par les fléaux tels que la guerre ou les inondations mais aussi celles où le seuil de pauvreté inacceptable a été atteint. L’heure est grave !

Y a-t-il un problème Bassa au Cameroun ? Au regard de tout ce que je dis plus haut, force est de reconnaître qu’il y a effectivement un problème Bassa au Cameroun. Nous avons combattu pour l’indépendance de ce pays mais nous avons combien de gouverneurs ? Combien de préfets ? Combien de sous-préfets ? Vous ne pensez pas qu’il y a problème ? Nous n’avons décidément plus de postes stratégiques. Ce n’est pas un problème ? Dans le dernier réaménagement du Gouvernement on n’a nommé aucun Bassa Ministre. Marie Rose Dibong dont les compétences dans le domaine de l’habitat et du développement urbain sont avérées est depuis 2013 Secrétaire d’Etat au Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain, ancien DGA du Crédit foncier du Cameroun. On refuse de la confirmer ministre plein mais on nomme une inexpérimentée à ce poste névralgique. Les frustrations des BASSA-MPOO-BATI sont légion. Combien de BASSA-BATI-MPOO réussissent-ils aux divers concours dans ce pays bien soient parmi les plus intelligents ? Pourquoi les autres nous redoutent alors que nous sommes un peuple hospitalier ? Nous avons décidé de ne plus jamais reprendre les armes mais plutôt la plume pour nous défendre quand nous nous sentons menacés comme c’est le cas actuellement.

Plusieurs Bassa-Mpoo Bati occupent pourtant d’importants postes de responsabilité au Cameroun. On dirait même que vous êtes gâtés et ne devriez pas vous plaindre à ce sujet. Qu’en dites-vous ? C’est vrai mais je parle de postes stratégiques et de souveraineté. On nous a retiré le Ministère des enseignements secondaires (MINESEC) pourtant c’était notre ministère depuis les Ministres Mongo Soo, Georges Ngango, Joseph Mboui, Bapes Bapes, Jean Ernest Ngalle Bibehe. Mais ce qui est davantage choquant est que certaines nominations n’obéissent ni à l’engagement militant encore moins au patriotisme. On peut dire sans fioritures que certains de nos responsables bénéficiant encore de la confiance du Chef de l’Etat n’ont aucune fibre militante. Ils n’ont pas de domiciles dans leurs propres villages et se comportent comme des étrangers chez eux. Ces derniers ont voué le parti aux gémonies et considèrent les militants comme des mendiants. Je vais vous donner la liste des nommés en Sanaga-Maritime où je suis l’une des responsables politiques : Jean Ernest Ngalle Bibehe (Ministre des Transports), Joseph Marie Bipoun Woum (membre du Conseil constitutionnel), Geneviève Tjoues (vice-présidente du Senat), Loé Victor (Ambassadeur du Cameroun en Tunisie), Auguste Mbappé Penda (DG du CNCC), Jean Perrial Nyodog (DG de TRADEX), Josué Youmba (DG de l’Autorité Portuaire Nationale), Isidore Biyiha (DG du Guichet Unique), Hans Francis Simb Nag (DG de KPDC), Salomon Roger Godfroid Tchouen (DGA du Labogénie), Mathieu Hagbé, (Directeur du CEFAM), Pr Jacques Etame (Directeur de l’IUT de Douala), Jean-Tobie Hond (SG du Conseil National de la Communication), Dominique Baya (Secrétaire général de la Délégation générale à la Sûreté nationale), Désiré Geoffroy Mbock (Secrétaire permanent du Groupe d’action contre le blanchissement d’argent en Afrique), Stéphane Ngwanza (DGA de l’IRIC), Fabien Nkot (Conseiller technique du Premier ministre), Christian Wangue (Chargé de Mission à la Présidence de la République), Gabriel François Litet (Chargé de Mission dans les services du Premier ministre), Général de Brigade Jean Calvin Momha, Chef d’état-major de l’armée de l’air. Il faut dire que dans tous ces noms, il y a à peine 4 responsables qui soutiennent le parti. Les autres sont inconnus au bataillon. On vient de nommer Bernard Bayiha DGA de la SONARA mais il est aussi inconnu au bataillon. Il est peut-être militant dans une section sœur du parti. J’en profite néanmoins pour lui présenter les félicitations de toute notre section. Toutefois, je réitère le fait que les Bassa sont marginalisés au Cameroun. Nous savons tous ce que vaut un DGA dans une société d’Etat. Suivez-mon regard.

Avez-vous un clin d’œil particulier à faire à certaines personnes qui ne ménagent aucun effort pour vous apporter de l’oxygène nécessaire pour le bon fonctionnement du parti ? C’est en effet l’occasion pour moi de saluer ici l’engagement de ceux qui jour et nuit soutiennent les actions du Chef de l’Etat sur le terrain et ce, depuis la création du Rdpc. Je leur souhaite mes vœux les meilleurs en ce début d’année. Je fais notamment allusion à Louis Yinda, Roger Tchouen, Ngue Bissa, Josué Youmba, Alphonse Joseph Bibehe, Emmanuel Wonyu, Marie Louise Pougha, Mathieu Hagbe, Géneviève Tjoues, Jean-Pierre Mbog, Rosette Ayayi, Edoube, Blaise Moukoko, Jacques Etamé, Stéphane Ngwanza, Auguste Mbappe Penda, Perrial Jean Nyodog, Jacques Bimai, Njekakal, Jean Mbeinje, Martin Elouga , Irené Mandeng, Gustave Nzatty, Daniel Kwedi, Elise Balla, Makon Ma Weihiong, Patrice Wenang, Yvette Yinda, Rita Mayinga, Amos Bilong Bi Makanda, Luc Bassong, Dieudonné Nzoke, Jean-Marie Ndjebet, Vincent Kilama, Ignace Ndong, Sanguirou Mohamadou, Bonaventure Masseck, Solange Inikone, Ipanda, Bernard Moussinga, Balogog, Polycarpe Banlog, les frères Mbayen. Je leur souhaite les vœux les meilleurs. Je les exhorte à raffermir davantage les liens de fraternité qui les lient afin que la flamme militante de notre parti soit des plus ardentes. L’intérêt de notre département passe avant nos ambitions personnelles. Et c’est ensemble que nous vaincrons la pauvreté, la misère et le chômage dans notre département

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